Sports de montagne : Virée sur le versant nord du Djurdjura (1ère partie)

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Ath Oubane nous accueille à bras ouverts

Reportage de Abdou Seghouani

Ath Ouabane est un village de montagne de Kabylie. C’est à partir de là que nous avons pu accéder au cœur du massif du Djurdjura pour découvrir un des magnifiques paysages de cette région.

 

Ath Ouabane, ou encore Aït-Ouabane, est un village rustique situé au pied du versant nord du massif montagneux du Djurdjura auquel il est fier d’appartenir. C’est à partir de là que la toute jeune Ligue de ski et sports de montagne de la wilaya de Tizi Ouzou a décidé de prendre son envol en organisant sa première opération sportive. Le terrain est idéal et se prête parfaitement à la pratique de tous les sports de montagne. En effet, quelle que soit la saison, hiver ou été, il est toujours possible de faire soit du ski, soit de l’escalade. Et, toute l’année durant, les possibilités de s’adonner au plaisir de la randonnée pédestre sont illimitées. C’est dire que la Ligue de Tizi Ouzou avait vu juste.

Ath Argane est un modeste village de montagne. La seule route carrossable pour y accéder, à partir des Ouadhias, et d’approcher de près la façade montagneuse du Djurdjura, est le chemin de wilaya (CW 11) qui la ceinture d’un côté. Un village comme il y en a beaucoup au pied du versant nord du Djurdjura, depuis le col de Drâ El-Mizan, à l’Ouest jusqu’à celui de Tirourda, à l’Est. Mais, ce qui le distingue du reste, c’est sa situation stratégique, dans la mesure où il est situé dans une région montagneuse particvulièrement difficile, où la vie sur place impose aux habitants une certaine rigueur. Ath Ouabane, c’est également cette nature vivante, vertigineuse ; cette ambiance de pureté et de fraîcheur. Le clou d’Ath Argane, c’est ce long sentier qui serpente le village en amont, en direction de la montagne. Un sentier qui conduit directement au cœur même du massif central du Djurdjura, cette magnifique chaîne de montagne qui s’étend sur près de 80 kilomètres, dont 53 km décrétés parc national d’Est en Ouest. Le Parc National du Djurdjura, d’une superficie de 18 500 hectares, a été créé en 1983 pour protéger le massif.

Un haut lieu des sports de montagne

 

Ce sentier a été programmé dans le cadre de l’Open et, dans la matinée de samedi dernier, tous les participants l’avaient emprunté. Pour la grande majorité, c’était une nouveauté, une découverte. Pour d’autres, il s’agissait plutôt de retrouvailles avec cette région du Djurdjura qui faisait partie des programmes sportifs dans les années 1970 et jusqu’à 1992. Mohamed Choumane, entraîneur de ski du Club Sportif de Montagne d’Alger (CSMA), a effectué le déplacement à Ath Ouabane avec ses jeunes skieurs de l’Equipe Nationale, dont Redouane Kheddaoui. Enfant de Chréa, ce dernier s’est dit «émerveillé par tant de splendeur naturelle et la situation géographique de cette région».

La caravane s’engage dans la montée sans fin, après avoir jeté un œil sur le fameux refuge de Kouriet, mystérieusement fermé aujourd’hui, alors qu’il servait de base de repos et de départ pour les randonnées et escalades par le passé… Tout en haut, en regardant vers l’Ouest, on peut apercevoir «Thakelmount». Légèrement sur notre gauche, un roc imposant : Azrou Ougougam, surplombé de Terga Ta Roumi. On voit aussi le couloir du Nador, l’échelle Royale, l’Issigh-Issigh et le Ras Timédouine, 2e point culminant du Djurdjura (2 305 m). Le Gougam est une référence en matière d’escalade dans le Djurdjura. On peut même observer la voie d’escalade la plus prestigieuse : la Nord/Ouest du Gougam. Un itinéraire où, malheureusement, personne ne s’aventure aujourd’hui… Thaletat, plus connue sous l’appellation la Main du juif, n’est pas loin.

Le sentier du col de Bou l’ma

 

Le groupe poursuit son ascension et atteint les premiers plateaux en direction d’Ath Issigh-Issigh, un sommet imposant surplombant le canyon, les cascades et le sentier bien évident qui nous conduit au col de Bou l’ma. Les jeunes randonneurs sont émerveillés par les sensations nouvelles, presque sans transition, du fait de se retrouver en haute montagne. En effet, trop habitués aux itinéraires et courses du massif de l’Akouker et de Tikjda, zones du versant sud relativement faciles et abordables, la plupart des participants à la randonnée découvrent le cœur même du Djurdjura. La joie de vivre et la quiétude sont sur tous les visages.

Durant toute la randonnée, les jeunes encadreurs des deux clubs de ski et sports de montagne  d’Ath Ouabane n’ont pas cessé de décrire les lieux et d’agrémenter leurs explications par des anecdotes. Ces jeunes de la Montagne sont un véritable plaisir à vivre : ils ont le sens de l’orientation, ce qui procure le sentiment d’être en sécurité partout et, le tout, agrémenté d’un fin sens de l’humour. Ce qui est facile à constater, c’est que les jeunes d’Ath Argane sont dans leur élément et ils ont réussi à nous rendre plus agréable, conviviale et fascinante encore cette randonnée en direction de Tizi (col) de Bou l’ma. Même les plus jeunes ont apprécié.

Le Tigounatine : «Voilà Tikjda !»

 

En remontant le long canyon d’Issigh-Issigh, on aperçoit les cèdres millénaires au sommet de la forêt du Tigounatine : «Ca y est, on voit Tikjda !». Droit devant nous, tout en haut de la forêt, on peut en effet voir les derniers pylônes de la gare d’arrivée du télésiège de Tighzert. Le col de Bou l’ma est là, nous y sommes, et après quelques dizaines de mètres de marche, le chalet du Kef est visible en aval. On peut également voir toute la vallée de Tighzert, immense terrain d’alpage et, jadis, importante zone de transhumance pour une vingtaine de familles des versants nord et sud du Djurdjura. Tighzert, nous dit-on, a aussi été un important pôle économique au début du siècle dernier, où les agriculteurs, tisserands et producteurs d’huile et de miel venaient échanger leurs produits avec d’autres riverains d’Azrou N’Djerdjer. Un pôle hélas cassé par les affres du colonialisme, puis par l’armée française qui a chassé les montagnards de leurs hameaux au cours de la guerre de libération.

Il fait un temps splendide et le soleil est au zénith. Seuls l’Issigh-Issigh et Azrou n’Cennad offrent un peu d’ombre en quelques endroits. C’est l’heure du casse-croute, tout le monde s’y met. Pendant qu’on mange, on ne peut s’empêcher de continuer à observer cette nature sublime qui nous entoure. A l’Est, c’est le col du Cennad, l’un des plus importants et des plus hauts du Djurdjura que sont le col Blanc (Tala-Guilef), le col du Lac surplombant Thamda ou Guelmime et les deux grands cols du massif oriental : Tizi N’Kouilal et Tizi N’Tirourda. Et, forcément, chaque col de montagne est un passage obligé d’un itinéraire, d’une randonnée à ski, ou à pied. Et, par la force des choses, les habitués retrouvent des chemins qu’ils connaissent, mais qu’ils découvrent pour la première fois en venant d’Ath Ouabane, la « porte » du versant Nord pour atteindre Tikjda.

(Samedi prochain, la 2e partie : Merci aux Ath Ouabane)

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