Escalade – Rapport médical de l’accident mortel de Baïnem

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Des faits troublants révélés à l’enquête

Par Abdou Seghouani

Les différents rapports remis aux services chargés de l’enquête sur le décès accidentel du jeune Mohamed Salah-Bey (16 ans) le vendredi 23 juillet dernier, sur un Rocher-Ecole à Baïnem, apportent quelques éclairages qui constituent des faits troublants.

 

Ce jeune garçon, rappelons-le, avait fait une chute de plusieurs mètres qui a provoqué des blessures qui ont entraîné sa mort quelques heures plus tard, alors qu’il s’entraînait à faire de l’escalade dans le cadre des activités programmées par son club, « Le Mont-Riant ». Alors que l’accident d’escalade de Baïnem s’est produit vers 16h/16h30, le jeune Salah-Bey a été admis à l’hôpital Maillot de Bab El-Oued aux environs de 20h00, selon le rapport médical qui précise l’heure d’admission de la victime. Dans la présente enquête que nous menons pour tenter d’élucider les circonstances de la mort de ce jeune garçon de 16 ans, nous allons nous limiter à donner des faits précis au fur et à mesure que nous arrivons à les réunir. Des faits que nous avons pu obtenir et rassembler auprès de sources proches de l’enquête préliminaire. Ces faits nous sont fournis sous forme de documents et de témoignages enregistrés ; et que nous confortons avec des définitions techniques du vocabulaire de l’Escalade. Le but étant d’éclairer davantage les lecteurs de Planète Sport.

 

Plusieurs heures entre l’accident et l’admission à l’hôpital

Plusieurs heures étaient passées après la chute qui a provoqué une hémorragie interne : le jeune garçon avait perdu quatre litres de sang, restés dans son organisme. C’est ce que révèle le rapport du médecin qui avait pris en charge et traité le blessé dès son admission au CHU de Bab El-Oued. Par ailleurs, le père de la victime nous a déclaré : « J’ai été contacté à 21h00, soit plusieurs heures après que l’accident se soit produit. Pourquoi ne m’a-t-on pas prévenu immédiatement ? Et pourquoi a-t-on mis plusieurs heures avant que mon fils ne soit pris en charge par un médecin ? », s’interroge M. Salah-Bey.

 

Une chute de 15 mètres et non de 6 à 8 mètres

Autre fait troublant, le témoignage du médecin qui a traité la victime –témoignage remis sous forme de rapport aux enquêteurs du Darak El-Watani (Gendarmerie Nationale)-, précise que le jeune Mohamed Salah-Bey était conscient lors de son admission à l’hôpital et qu’il a eu le temps de l’interroger sur les circonstances de l’accident. Ainsi, il est mentionné que la victime a déclaré avoir fait une chute « de quinze mètres ». Ceci, contrairement à ce que nous avions rapporté dans l’une de nos précédentes éditions où nous avions évalué la chute entre six et huit mètres. Sur le plan technique, et nous l’avions déjà précisé dans nos colonnes, la chute dont a été victime le jeune Mohamed est appelée dans le vocabulaire de l’Escalade « dévisser » (voir définition). Cela veut dire que la victime est, en effet, tombée de plusieurs mètres, mais qu’elle n’a pas heurté le sol, restant accrochée à la voie d’escalade, donc à la corde, étant donné que, en règle générale, tout grimpeur est assuré par une autre personne qui l’accompagne d’en haut, ou d’en bas.

 

La victime était assurée par son cousin de 16 ans

Dans le jargon de l’Escalade, on dit de celui qui vous assure qu’il « a votre vie entre ses mains ». Dans le cas de l’accident de Baïnem, la victime, qui grimpait « en tête », était assurée par un autre grimpeur de 16 ans, son cousin D. Anis. Visiblement, ce dernier n’a fait aucune faute technique dans sa manière d’assurer son compagnon de cordée, puisqu’il a réussi à l’empêcher (de quelques mètres) d’atteindre le sol lorsqu’il avait dévissé. En précisant que la chute a été provoquée par un « Piton » (voir définition en encadré) qui a lâché. Sur le plan technique, celui qui a mis ce piton porte une grosse responsabilité dans la mort de ce jeune garçon de 16 ans. Qui a équipé ce site Ecole d’Escalade de Baïnem ? C’est à l’enquête de trouver la réponse à cette question auprès des responsables et des encadreurs du club « Le Mont Riant » ou de la Fédération algérienne de ski et des sports de montagne (FASSM).

 

Les deux encadreurs n’étaient pas sur place

En précisant qu’il s’agit d’un site sauvage, c’est-à-dire non homologué, parce que les services de sécurité, notamment la Protection Civile n’y ont pas facilement accès. Et cela s’est vérifié le vendredi 23 juillet dernier lorsque, Mohamed Salah-Bey a mis plusieurs heures avant d’être admis à l’hôpital. Mais il reste un détail important, lorsque l’accident s’est produit, aucun des deux encadreurs (Méziane Nazim et Aït-Kaki Hocine) censés encadrer les deux jeunes ne se trouvait sur place. Selon le témoignage du cousin de la victime, Doumaz Anis, dont nous disposons d’une copie enregistrée : « Ils étaient, certes, à proximité, mais pas sur place quand Mohamed est tombé. Ils ont rejoint les lieux de l’accident plus bien plus tard ». Deux encadreurs absents, alors que deux jeunes âgés de 16 ans, peu expérimentés et toujours au stade de l’initiation s’entraînaient à faire de l’« Escalade en Tête ». Affaire à suivre…

 

Bon à savoir…

Piton

En escalade ou alpinisme, un piton est une lame métallique qui est enfoncée dans une fissure ou un creux de la roche avec un marteau. Le piton agit comme un ancrage pour protéger le grimpeur des conséquences d'une chute, ou aider à la progression en escalade artificielle. La lame est terminée par un œil pour y placer un mousqueton. Les pitons ont été le premier type de matériel de protection, et sont toujours utilisés quand rien d'autre ne convient. Cependant, le martelage répété et l'extraction des pitons endommagent la roche et les grimpeurs qui adhèrent à l'éthique de l'escalade propre bannissent leur usage. De nos jours, les pitons ont largement été remplacés par les coinceurs (à cames ou bicoins), bien qu'ils puissent encore être trouvés dans des voies d'escalade souvent parcourues et dont il faut se méfier.

Les pitons peuvent être en acier doux ou dur suivant la nature de la roche à laquelle ils sont destinés. Les premiers sont déformables et s'adaptent souvent mieux à la fissure, les seconds peuvent être enlevés (dépitonnage) et réutilisés. Les lames peuvent être plates, coniques ou en charnière suivant la nature de la fissure. Enfin, le placement de l'œil varie aussi suivant l'emplacement auquel le piton est destiné.

 

Dévissage (chuter)

En escalade ou alpinisme... Dévisser, c'est à la fois "être arraché à une position vissée [au rocher, à un "clou"]", et, décrire dans sa chute le mouvement de l'avion en perdition ? Dévissage est un  terme emprunté par les alpinistes aux métiers du bois et du fer. Il signifie tomber d'une paroi rocheuse ou glaciaire. L'idée d'instantanéité liée à celle de chute, et l'idée d'un travail lent liée à celle de dévissage, semblent infirmer l'analogie. Aussi faut-il chercher une autre explication à l'emploi de ce verbe.

On dit souvent « être vissé à une paroi », pour désigner un grimpeur littéralement rivé au rocher. Par opposition, les grimpeurs et alpinistes ont donc adopté le mot dévisser qui, de plus, étant un terme de métier, se trouvait valorisé d'une qualité incontestable pour le milieu alpin, souvent féru et pénétré de technicité.

Le terme dévissage évoque le grand tourbillon dans lequel la victime d'une chute semble entraînée. En effet, la vision lointaine d'un tel spectacle peut rappeler le dévissage d'un corps autour d'une hélicoïde imaginaire.

Source : Dictionnaire de la montagne, par Jacques Gautrat, édition du Seuil 1970.

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