Entretien avec Ali Boukamoum, ancien skieur de l’EN :
- Mercredi, 21 Janvier 2009
« Il y a trop de bricolage dans ces disciplines »
Un skieur qui s’exprime, c’est rare. Ali Boukamoum a décidé de rompre le silence pour parler de ce qui lui tient à cœur. Ayant porté les couleurs nationales à l’occasion de deux championnats du monde, il se dit blasé et désabusé par la situation dans laquelle se débat le ski ces dernières années. Natif de Tikjda, il est issu d’une famille où tout le monde pratique le ski, skieur et fils de skieur. Son père Arezki était moniteur de ski dans les années 1970 au CS DNC-ANP, sa sœur, Nacèra, a été la première jeune fille arabe et africaine aux jeux Olympiques d’hiver. C’était en 1992, à Albertville. Son oncle, Cherif, décédé il y a quelques années, est incontestablement le « Meilleur skieur Algérien de tous les temps. Son jeune frère, Hamza, un excellent skieur, le meilleur du moment, a décidé d’interrompre lui-même sa carrière…
Ali Boukamoum qui travaille et vit toujours à Tikjda, est déçu et outré de ne pas avoir été retenu sur la liste des experts du MJS pour le mandat 2008-2012. Il n’en est pas à sa première sanction lui qui a été mis à la retraite de force par la Fédération algérienne de ski et des sports de montagne (FASSM) après tant d’années de loyaux services rendus : « je n’ai pas accepté qu’on me marche dessus ! ». Il a bien voulu répondre à quelques questions.
Est- ce que vous pouvez vous présenter à nos lecteurs ?
« Je suis un ancien athlète international de ski alpin. J’ai été en équipe nationale de ski de 1985 à 2003. J'ai participé à deux championnats du monde de ski alpin : à Sestrières 1997, en Italie où j’ai été aligné dans l’épreuve du Super G (géant) et, en 2003, à Saint-Moritz, en Suisse, où j’ai couru le slalom géant. Durant ma carrière, j’ai remporté plusieurs fois le titre de champion d'Algérie de ski. »
Vous avez été pendant des années athlète de l'EN de ski avec, à la clé, des championnats du monde. Vous avez été mis à la retraite de force. Qui a pris cette décision à votre encontre et pourquoi ?
« On ne m'a pas seulement mis à la retraite de force (long moment de réflexion)… mais on m'a fait détester ce sport. Les responsables de cette hogra sont l'ancien bureau fédéral et à leur tête le président de la Fédération (FASSM). Pourquoi ? Parce que, tout simplement, je n'accepte pas qu'on me marche dessus. On a décidé de me stopper net, sans raison objective, alors que je pouvais donner encore. »
Quel est votre constat sur l'état des lieux du ski algérien ? Y a-t-il eu régression ou évolution selon vous ?
« Il n’y a pas plus dramatique que la situation dans laquelle a sombré le ski algérien ces dernières années. Actuellement, il faut reconnaître que le ski n'existe pas en Algérie. Ceux qui prétendent le contraire n’ont aucune relation avec le sport, d’une manière générale. Ces gens-là continuent à berner les gens mal informés en parlant des jeux Olympique d’hiver 2006 de Turin, des championnats du monde 2009 de Val d’Isère et je ne sais quoi encore. Allez voir ces skieurs dans quelle situation ils sont. Allez poser des questions à Christelle Douibi qui a participé aux JO de Turin. Pendant ce temps, il y a 150 paires de ski à Tikjda, mais nous n’avons pas 150 skieurs. »
Vous êtes issu d'une famille de Tikjda, de vrais montagnards de père en fils. Comment, aujourd'hui vous voyez l'avenir de Tikjda ?
« Tikjda aura un bel avenir sur tous les plans, notamment pour tous les sports et les sportifs. De ce côté-là, les choses avancent vite et plutôt bien. Mais, malheureusement, le ski et les sports de montagne ne sont pas arrivés à suivre la cadence et auront beaucoup de mal à rattraper le retard accumulé ces dix dernières années. »
Pourquoi êtes-vous aussi pessimiste pour les sports de montagne?
« Même si je suis loin de la fédération qui a décidé de me marginaliser, je dois préciser que je vis et je travaille à Tikjda. Et, donc, suis très proche du terrain et, pratiquement, j’arrive à suivre toutes les actions de la fédération et je constate, comme beaucoup d’autres, qu’il y a trop de bricolage. Pour en être convaincu, venez voir le niveau des compétitions. On ne peut pas évoluer et avoir un bon niveau en ski sans les remontées mécaniques. Ailleurs, l'athlète pense à la descente à l'énergie qu'il dépensera les skis aux pieds. Chez nous, c'est le contraire l'athlète pense plus à la montée les skis sur le dos, et forcément, il est épuisé une fois au sommet… Toutefois, je rends hommage à tous les jeunes qui continuent à skier. Chapeau ! »
L'actualité de ces derniers jours, ce sont les assemblées générales de la FASSM, notamment le renouvellement des dirigeants. Est-ce que vous pensez qu'il y aura du nouveau ? Est-ce que vous êtes optimiste ?
« J'ai cru au départ qu’il y aurait un changement. Mais plus maintenant ! Je vous le dis franchement, il ne reste pas beaucoup d'espoir. Il y a de fortes chances que ce sera, encore une fois, un mauvais départ. Et je ne suis pas le seul à être pessimiste. »
Les choses semblent mal parties en vue de l'AG élective. Est-ce que vous êtes convaincu par la liste des experts ? Que pensez-vous du retrait de l'un des trois candidats à la présidence et, éventuellement, le retrait d'un autre candidat ?
« Mis à part deux ou trois personnes qui, à mon sens, peuvent donner un plus, les autres je ne sais pas en quoi sont-ils experts. D'ailleurs, je profite de l'occasion pour dire combien je suis triste d’apprendre qu’un des trois candidats au poste de président a retiré sa candidature lundi (ndlr : il s’agit de M. Smaïn Méziani). Je suis absolument convaincu que ce retrait est une chance de perdue pour le ski et les sports de montagne en Algérie. Ce n’est pas encore fini avec l'éventualité qu'un deuxième candidat se retire. Comme je vous le disais ce sont les ultimes chances qui seront perdues et, par conséquent, nous revoilà à la case de départ. »
Le dernier mot
« Je remercie Planète Sport pour l’objectivité de ses écrits sur le ski et la montagne. Je profite de l’occasion qui m’est offerte pour rendre un vibrant hommage aux anciens du ski, plus particulièrement à ceux qui ne sont plus de ce monde : mon oncle Cherif considéré comme le meilleur skieur algérien de tous les temps, Guerri Messaoud, Mustapha Muller, Touat Hammouche. Bien évidemment, je n’oublierais pas tous ceux qui sont marginalisés. Enfin, je souhaite bonne chance au candidat des jeunes, Mohamed-Redouane Benzerroug à qui je demande d’aller jusqu’au bout et de ne pas se retirer de la course. Beaucoup de jeunes croient en lui. »
Entretien réalisé par
Abdou Seghouani



