Aviron : Sid Ali Boudina
- Dimanche, 07 Août 2011
Une graine de champion à entretenir
Par Noureddine Henni
Des disciplines sont peu médiatisées ou pas du tout alors qu’elles donnent satisfaction au plan mondial, d’autres, par contre, font la Une sans avoir rien démontré.
Il y a des disciplines qui sont peu médiatisées, ou pas du tout, et pourtant qui donnent des satisfactions au plan mondial, contrairement à d'autres sports qui font la Une sans vraiment prouver quoi que ce soit. L'aviron fait partie des sports qui sont dans l’ombre. Mais, récemment, au Championnat du monde U23, qui s’est déroulé il y a deux semaines en Hollande, un jeune Algérien a réussi, malgré la concurrence d’athlètes de plusieurs nations plus nanties dans cette discipline, à se classer en 7ème position. Cette belle performance, signalée par notre quotidien, est, malheureusement, passée presque inaperçue. Planète Sport, fidèle à ses principes, s'est rapproché de ce jeune prodige.
Un jeune prodige
Sid Ali Boudina, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est né le 7 mai 1990. Dès l'âge de 4 ans, il commence à pratiquer la natation. Un sport où il s'illustrera durant une dizaine d’années. Il devient champion d'Algérie des cadets, en papillon. Pris par ses études, il abandonne la natation, mais deux ans après (2006), son père, qui avait un ami au Sport Nautique d'Alger, l'inscrit dans ce club où Sid Ali va s’initier à l'aviron. Dans un premier temps pour l'occuper un peu. Mais très vite, le fils va brûler les étapes. Ses entraîneurs découvrent alors des dons cachés qui vont permettre à leur élève de se frayer un chemin parmi les grands et même de dominer la discipline. En peu de temps, en effet, Sid Ali détrône les meilleurs Algériens et remporte 10 titres nationaux. A partir de là, la machine s’est mise en branle et les titres tant nationaux qu'internationaux vont s'accumuler pour ce jeune champion qui, sans beaucoup de moyens, va rafler tout ce qu’il trouve au plan arabe et continental.
La joie de l’entraîneur
D'abord dans la catégorie des juniors où il est, deux années de suite, médaillé d'or aux Championnats arabes juniors, puis vice- champion arabe des seniors alors qu'il était encore junior. Boudina s’attaque alors à l'Afrique. Il est sacré champion du continent en seniors. Puis arrive l'entraîneur Français, Vincent Tassiry. A partir de là, les choses vont s'accélérer. Ce grand technicien a tout de suite repéré de la graine de champion chez Sid Ali. Il le prend sous sa coupe pour attaquer le niveau mondial. Grâce à cet entraîneur et au sérieux de Sid Ali, ce jeune, âgé de 21 ans à peine, décroche deux médailles d'or dans une régate en Serbie. Le moment était venu de se confronter aux meilleurs mondiaux. C'est ainsi que la Fédération algérienne d’aviron (FAA) décide de l'inscrire dans un Championnat du monde en 2010 en Biélorussie. Sans grande expérience et avec peu de moyens, Sid Ali réussit la performance de se classer parmi les 20 premiers. Il ne va pas s'arrêter là puisque toujours avec les conseils de Vincent Tassiry, il s'attaque au Mondial 2011 domicilié aux Pays-Bas où il réussit un véritable bond en avant pour se hisser à la 7ème place, à l’issue d’une course palpitante, sous le regard humide de son coach qui se voyait ainsi récompenser de tous ses efforts. La confiance placée en son poulain était justifiée. Dans les derniers mètres de la course, le coach surprend tout son monde en entonnant un vibrant «one, two three, viva l'Algérie» avant d'éclater en sanglots à l'arrivée. Sid Ali venait de marquer l'histoire : Tassiry et la Fédération d'aviron le comprennent très vite.
L’optimisme de l’athlète
Sitôt la performance savourée qu'il faut déjà se remettre au travail. D'autres échéances attendent Vincent Tassiry et son « fils » spirituel, à commencer par les qualifications aux JO de Londres qui se disputeront début novembre en Egypte (Alexandrie) pour la zone Afrique. Sid Ali est optimiste : «En ce moment, je me sens très en forme. Je domine la discipline en Afrique, mais pour aller à Londres 2012, il faudrait que le MJS m'aide en m'octroyant, au même titre que les athlètes d'autres disciplines, une bourse olympique qui me permettra de tout faire pour hisser le drapeau de mon pays sur les bassins londoniens. Je souhaiterais également que nous partions au Caire avec nos propres embarcations, et ce, pour nous éviter d’utiliser celles des Egyptiens qui peuvent nous réserver des surprises. Si ces deux conditions sont réunies, rien ne m'arrêtera.»
Le message est clair, Sid Ali ne demande que le strict minimum pour représenter dignement son pays aux JO de Londres 2012. Dès le 10 août, Vincent Tassiry et Sid Ali Boudina entameront leur préparation en vue de ces qualifications du Caire. Sid Ali nous promet la 1re place qui l’emmènera, vêtu de vert, blanc et rouge, à Londres rejoindre la crème de l'aviron mondial.
La préoccupation des parents
L’autre préoccupation de Sid Ali et de ses parents, tout à fait légitime : les études. Sid Ali a obtenu son bac scientifique en 2009-2010. Il s'est inscrit à l'université de Bab Ezzouar, mais ses différents stages ne lui ont pas permis de suivre convenablement ses cours. Tant de sacrifices demandent quand même un peu plus d'attention de la part de nos responsables sportifs concernés afin d'aider ce talentueux rameur à allier sport de haut niveau et études. Les solutions sont simples, aux dirigeants de donner le coup de pouce nécessaire. Surtout lorsque l'on sait que plusieurs clubs français ont déjà fait des propositions que Sid Ali Boudina a refusées pour rester dans son pays, notamment le club de Vichy. Plein d'ambition, bien conseillé par son coach, notre champion veut aller loin dans sa discipline pour améliorer sa 7ème place mondiale. Alors, retirons un peu d'argent à ceux qui ne ramènent rien au pays, et donnons-le à cette graine de champion qui ne demande pas l'impossible, mais seulement son droit d'athlète de haut niveau. A titre d'exemple, pour sa 7ème place mondiale, Sid Ali n'a rien obtenu des pouvoirs publics. Et dire que certains, de retour avec des bagages vides, sont accueillis en fanfare. Mais, optimisme quand tu nous tiens: «mes résultats plaident pour moi et tôt ou tard on finira bien par me reconnaître».
Palmarès
Titres nationaux
10 fois Champion d'Algérie
Titres internationaux
3 fois Champion arabe (juniors)
Vice-champion arabe (seniors)
Champion d’Afrique (seniors)
2 médailles d’or (régate de Serbie)
20ème au Mondial de Biélorussie (2010)
7ème au Mondial des Pays-Bas



